Les maternités, ces femmes allaitant, tenant un ou plusieurs enfants dans leurs bras, célèbrent la fécondité et l'accord du groupe. Jadis, les grandes endémies, la mortalité infantile, les conflits entre populations, la capture des jeunes adultes destinés à l'esclavage entraînaient d'importantes déperditions qui suscitaient la hantise d'une extinction de la communautés et le besoin d'y remédier par une forte natalité. Les maternités ne désignent donc qu'exceptionnellement des femmes spécifiques : ces grappes de formes vivantes, seins et bouches goulues associés, sont des représentations symboliques de la Mère dispensatrice de vie qui, dotée de ressources surnaturelles, ne se contente pas de donner la nourriture. Protégeant symboliquement contre les agressions - jeteurs de sorts, esprits malfaisants, forces de mort, obscurité du monde, elle symbolise la vie sociale. Ainsi chargée de pouvoir, elle n'intervient que dans un contexte rituel, en marquant la maîtrise de l'humain sur les maléfices. Figure archétypale du principe de vie, elle représente la communauté entière dans ses fondements, avec toutes les vertus qui lui sont attachées : don la nourriture, bienveillance, prospérité. En somme, la statuaire marque des prérogatives féminines : pas seulement enfanter, mais rappeler, sur le plan sacral, la notion de lignée. Du sein à la bouche, n'est-ce que du lait qui s'égoutte ? C'est aussi la transmission des valeurs.