Les Dogon sculptaient souvent des personnages représentés debout les bras levés. Ils avaient peut-être emprunté cette attitude aux précédents occupants du spéctaculaire escarpement de Bandiagara, un peuple généralement nommé Tellem. Les personnages aux bras levés symbolisaient toujours une supplique à Amma pour qu'il accorde la pluie indispensable à toute vie, et qu'il s'agissait également d'un geste de contrition après que la violation d'une loi rituelle ait causé la sécheresse.
Interrogés par les Français venus en 1903 sur les lieux, les Dogons ont nommé Tellem (en dogon : "nous les avons trouvés ici") la population qui avait occupé le site bien avant eux. Les Dogons, à leur arrivée, ont-ils absorbé les Tellems ? Il reste que ce peuple a étrangement disparu vers le XVe siècle, lors de la conquête du pays par l'empire du Songhaï. Les Tellems étaient venus du nord, vraissemblablement lors de la désertification progressive des territoires subsahariens, ce qui expliquerait que leur création entretienne de minimes affinités formelles avec celle des touaregs (qui, eux, proscrivent les images). Ils s'étaient réfugiés dans les cavités de la falaise, accessibles seulement par le moyen de cordages en fibres de baobab, élaborant une véritable ville verticale faite de greniers, de sanctuaires, de nécropoles, à l'abri des incursions qui dévastaient les espaces accessibles aux coursiers des attaquants, et où ils dissimulèrent leurs statues anthropomorphes. Les grottes des Tellems, dans les falaises, sont encore difficiles d'accès, et plus d'un a payé d'uné épaule fracassée son désir de voir ce qu'elles recelaient (peu de choses désormais : des ossements, des fientes de chauves-souris).