Les sénoufos
Les arts visuels des Sénoufos sont nombreux, diversifiés, et touchent beaucoup de secteurs de la vie quotidienne (sièges ornés, portes et cannes décorées, tissus peints témoignant d'un remarquable talent graphique, lits funéraires) et plus encore le domaine rituel. Celui-ci, pour l'essentiel, est régi par une institution initiatique, le poro, divisée en trois degrés de sept ans chacun, et qui commence dés l'enfance avec un enseignement des rites, des chansons liturgiques, des danses, pour s'achever à l'âge adulte par des périodes représentant des grades spécifiques. Chaque cycle est conclu par de grandes fêtes, avec sortie d'objets cérémoniels. D'où une floraison d'oeuvres de tous ordres : coiffes, heaumes bicéphales, masques faciaux, oiseaux sculptés presque de taille humaine, et aussi des figures qui, représentant des esprits tutélaires et des génies de la nature, jouent, entre les mains de devineresses, un rôle majeur pour mettre en relation le monde de l'invisible avec celui des humains. Des sculptures de grande taille, les pombibele (ou enfants du poro), sont en usage lors des funérailles d'un membre de la confrérie.
Statue-Pilon senoufo.
Ces statuettes pilon du poro étaient destinées à des processions, lors d'obsèques, de rituels qui permettaient de faire entrer l'âme du mort dans l'assemblée des esprits ancestraux, afin de célébrer le lien du défunt avec ceux qui l'avaient précédé dans l'autre-monde.
Elle intervenait par paire, avec son équivalent masculin, dans l'une des deux principales sociétés initiatiques du poro, dans la clairière de l'un des bois sacrés du village de lataha, situé à 16 km de la préfecture de korhogo, ville principale des sénoufo, au nord de la Côte d'Ivoire. Une telle statue est appelée « enfant du poro » (poro pia en dialecte tyebara, piomba en dialecte fodoro ou « esprit de la nature. Dans les cortèges funéraires, elle était portée par les initiés de la confrérie, qui la balançaient lentement d'un côté à l'autre, en martelant régulièrement le sol, en écho à la scansion des tambours, afin de chasser les esprits maléfiques, rétablir un lien avec les mânes des ancêtres.
A la fin des années 1940 se développa dans la région un culte syncrétiste, le massa, vaguement inspiré de l'islam et qui conduit les villageois, pendant une décennie, à rejeter des milliers de statues et de masques, brûlés ou accumulés sur des tas d'ordures livrés aux intempéries, dans les fossés au bord des pistes, pourrissant à l'air libre. Quelques pièces ont été miraculeusement recueillies.