Dans les villages, après la sieste, en fin d'après-midi, les hommes se dirigent vers la cour d'une maison amie en portant chacun sous le bras son siège, pour passer la soirée à converser en buvant du vin de palme. Quant aux femmes, elles possèdent toutes, elles aussi, leur propre tabouret, qui demeure le plus souvent dans l'espace réservé à la cuisine, mais qu'elles transportent parfois sous un manguier ou un baobab, pour converser. Ce sont donc moins des pièces de mobilier que des accessoires familiers et, par leur forme, leur fonction, les révélateurs d'une culture, l'insigne d'un individu, dont ils conserveront même le souvenir après sa mort. Personne ne commettrait le crime de lèse-majesté en s'asseyant sur un siège qui appartient à une vieille personne ! Du coup, s'asseoir dépend d'une hiérarchie : lors d'une assemblée, c'est l'âge, le statut social qui déterminent où l'on peut s'installer. Adolescents et hommes de condition modeste prennent place à même le sol, ou sur des tapis, des rondins, ou restent debout, alors que les tabourets sont réservés à ceux qui détiennent un prestige, un pouvoir, le siège rehaussant la condition de son propriétaire. Sa possession peut même marquer un changement de statut. S'asseoir, en Afrique, est un privilège : un visiteur ami se verra toujours offrir la meilleure place, au premier rang, à côté du chef ou du maître de maison. |